Dans ce blogue, je vous fais part de mon voyage et enregistrements sonores de quelques chansons en Israël pour mon prochain album. Le soleil se couchait, un petit vent nous caressait et j’étais particulièrement fébrile après cette journée d’enregistrements.

Moi, un montréalais catholique d’origine polonaise, d’ascendance juive, élevé en Israël dans un pensionnat dirigé par des frères jésuites français, je me suis retrouvé dans le pays de mon enfance en train d’enregistrer une chanson d’un juif polonais anglophone, de Montréal, descendant de la même ville que mon père, Vilnius en Lituanie, que j’ai traduit et adapté en français avec des arrangements à ma sauce, moyen/orientaux. Paradoxal? Voici comment j’en suis arrivé là….

La première fois où j’ai chanté devant un public, j’avais 6 ans. Je faisais partie d’une chorale à l’église Saint-Paul et Saint-Pierre à Jaffa, en Israël. J’y interprétais des chants liturgiques, durant la messe.

Ado, j’ai chanté des chansons populaires du palmarès israélien, arabe, britannique, français et américain avec un group d’amis de l’école. Arrivé à Toronto au Canada, j’ai découvert le country, le blues, le jazz, le gospel et autres groupes et artistes qui m’ont influencé. Mais c’est Joe cocker lors de sa tournée Mad Dogs & Englishmen dirigée par Leon Russel, le maître de l’espace et du temps et c’est ce musicien, auteur, compositeur et arrangeur qui m’a le plus animé et donner le goût d’apprendre à jouer du piano, moi qui ne jouait que de la basse. Ainsi, j’ai découvert Leonard Cohen et sa chanson ‘Bird on a wire’ interprétée par Joe Cocker. J’étais ébloui par cette interprétation et Dieu sait que je l’ai fredonné ad vitam aeternam…

Voulant continuer mes études en français, je me suis inscrit à Glendon College, le campus satellite de l’université York, à Toronto, qui offrait des cours bilingues. Avec quelques amis j’étais bénévole à la radio universitaire. Mon mandat était de promouvoir la chanson francophone et c’est ainsi que j’ai découvert la musique provenant du Québec! J’étais complètement fasciné. Je me souviens avoir assister à une prestation d’Offenbach avec Gerry Boulet dans un bar avec quelques personnes. J’étais chaviré! Ainsi commença mon appréciation de la musique et de ses nombreux et nombreuses interprètes provenant du Québec. Je savais aussi que ce n’était qu’une question de temps avant que je m’établisse à Montréal!

Pour arrondir les fins du mois lors de mes études, je faisais partie d’un band surnommé Mad Frog &Englishmen, un clin d’oeil à ce mythique album. Le « Frog », c’était moi… 😉 Notre répertoire reprenait quelques chansons de cet album dont Bird on a Wire.

Exception faite de cette oeuvre et de deux ou trois autres de ses grands succès, je ne connaissais pas beaucoup Cohen et je n’étais pas nécessairement un de ses fans. C’est après qu’il soit sorti de sa retraite que j’ai vraiment découvert comme beaucoup d’autres, Cohen, sa poésie, son élégance et son vaste répertoire. Et le fabuleux « Dance Me «, qui m’a immédiatement séduit et auquel je m’identifiais tellement par sa structure, ses arrangements et sa mélodie. Comme plusieurs autres de ses chansons, « Dance Me » a été interprétée par de nombreux artistes, dans la langue de Shakespeare.

En 2017, j’ai proposé aux programmateurs des Francofolies un spectacle inédit, réunissant plusieurs interprètes et musiciens de formations différentes sur scène. J’ai intitulé ce spectacle « Kaleidescope » J’ai voulu moi aussi rendre hommage au grand Cohen, mort quelques mois plus tôt, en interprétant Danse Moi, mais dans la langue de Molière. J’ai alors cherché une traduction française de cette chanson. Mais je n’en ai pas trouvé une à mon goût. Elles étaient trop littérales et à mon avis, elles se chantaient mal. Du coup, j’ai laissé tombé cette idée mais l’idée ne voulait pas disparaître de mes pensées. Comment faire?

J’ai alors proposé à ma complice de m’aider à trouver les mots avec lesquels je serais à l’aise pour interpréter cette chanson. Ils sont venus presque tout seuls, dans un moment d’inspiration. La chimie a fonctionné de façon inespérée. Pour moi, « Danse moi » a été le moment fort du spectacle Kaleïdoscope.

Ainsi a été semé l’idée et la tentation d’enregistrer cette chanson pour la mettre avec mes compositions dans mon prochain album. Mais comment faire? Comment s’approprier cette œuvre ? Comment convaincre mes collaborateurs que ça vaut la peine d’enregistrer une chanson que tout le monde et son chien a déjà interprétée – incluant quelques grands noms? C’est exactement ce que Shahar, mon ingénieur de son et propriétaire de mon studio en Israël, ainsi que mon neveu Dotan, m’ont demandé quand je leur en ai parlé. Ils étaient pour le moins dubitatifs.

Mais ils m’ont fait confiance. Et voici le résultat. C’est dans son état brut, non mixé que je vous la présente. Elle sera très bien habillée lors de sa sortie sur CD!